De citadelle en forteresse, de Chittorgarh à Bundi, des trésors sur la route

De la plus grande forteresse de l’Inde et d’Asie à la beauté d’un citadelle à l’abandon surplombant un palais et les jardins d’une Maharani voluptueuse.

J’avoue en avoir rêvé de ces deux endroits, peut-être bien plus que Jaïpur ou Udaïpur où je savais pertinemment ce que je pouvais y voir, la première pour l’avoir parcourue de long en large il a déjà vingt ans, la deuxième, car trop connue, car parfois trop clichée ou trop touristique, je savais à quoi m’attendre. J’aime l’Histoire pour ce qu’elle me laisse comme rêve inassouvi, j’aime la splendeur du passé, j’aime me plonger dans une civilisation faite de héros, de batailles, de grandeur et de déclin, telles des murailles qui croient en l’éternité, qui tiennent toujours debout mais abandonnées des Hommes qui les faisaient vivre.

 

Juste encore une précision pour vous qui nous suivez,…

Note aux amis de Chafab and Co sur FB et aux lecteurs attentifs,

Vous vous doutez bien que parcourir ainsi les routes du Rajasthan, c’est parfois compliqué pour écrire, s’asseoir et vous narrer comme nous le pouvons au quotidien,.. surtout la lenteur des téléchargements,… Alors que sur FB, nous sommes en ligne au quotidien, en avance toujours; ici nous avons largement plus d’une semaine de retard dans nos articles puisque, à l’heure où je vous écris ces lignes, nous avons quitté le Rajasthan pour Agra, et LE TAJ MAHAL. Désolé pour ces retards inhérents du voyage car il y a encore de nombreux articles intermédiaires qui arriveront mais c’est une aventure formidable et je prends le temps, pour vous qui nous suivez fidèlement, d’écrire au mieux ce que nous avons vécu. Les articles suivent leur cycle du temps, quand vous vous brancherez sur le blog, vous pourrez ainsi suivre dans l’ordre notre voyage, le réseau social est en avance. Faite le tri. Où en étais-je ?

Ha oui, il y a dix jours de cela.

Après Menerath à Jodhpûr, Kumbalgarh, il manquait la citadelle du royaume de Chittor, vasal d’Udaïpur, celle qui encercle entièrement la colline haute de 160m, de remparts longs de … 18 km ! Grâce au premier ministre indien, Mofi qui réalisa la construction ambitieuse d’autoroutes à travers toute l’Inde en cinq ans, son plus grand succès politique, il est possible aujourd’hui de rejoindre plus facilement la citadelle mais elle reste encore aujourd’hui peu visitée, elle ne se trouve que sur la route de passage vers Udaïpur. Les infrastructures hôtelières sont quasi inexistantes, la ville en contre-bas ressemble furieusement à l’Inde d’il y a quinze ans. Le seul car de touristes français à s’y arrêter s’est limité à trois visites rapides des trois parmi les soixante monuments du site à découvrir en une heure chrono,…

La colline est orientée sur un axe nord- sud. A l’extrémité de l’île, une réserve de chasse que nous n’avons hélas pu voir par manque de temps. Aujourd’hui, il fait très chaud, et après un lunch, plutôt des snack, il n’y a pas de restaurant sur le site, nous commençons notre visite par la Tour de la Victoire, laquelle célèbre la bataille glorieuse de 1535 qui les opposa le sultan du Gujarat, Bahadur Sha, gagnée puis perdue peu de temps après, verront 13000 femmes s’ immoler dans le feu, le jahuar, suicide rituel, suivant la dernière charge rajput de 8000 guerriers vêtus de leur célèbre turban orangé. Le site sera le théâtre de trois batailles à faire pâlir Tolkien (Je l’ai déjà dite celle-là !), la dernière verra le site entièrement détruit par les Moghols et finalement laissé à l’abandon avant une renaissance en 1905 sous l’empire britannique. Il retrouve un nouvel attrait historique et touristique il y a trente ans seulement et petit à petit reprend sa place sur le circuit des routes du Rajasthan. Dans ces temps post-Moyen-Âgeux, Chittorgarh reste une référence de construction militaire. Six mille personnes vécurent dans la citadelle au temps de sa splendeur. Le site abrite en son sein, myriades de temples. Ainsi, en dessous de la tour de la victoire, se dresse ce qui fut un temple hindou de toute beauté. En contre-bas, une piscine, une vraie piscine qui servait aussi de bassin d’eau en cas de siège. Le Raja et sa Maharani venaient tous les jours prendre leur bain, passant par un tunnel qui reliait leur palais au temple et au bassin.

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Nous avions un peu hésité à monter tout en haut de la tour mais finalement comme nous sommes là pour ça, et puis la grimpette, nous la pratiquons partout depuis un an ! et plus rien ne nous fait peur, à part Auguste qui a grandi et qui désormais pèse son poids, surtout quand Mr Auguste se met en tête de vouloir non seulement monter toutes les marches irrégulières de cette tour, une espèce de pyramide ascensionnelle, mais surtout de les descendre. Nous passons en dessous de chauves-souris, le vent balaie et pénètre la tour avec violence, la vue tout en haut vaut le détour.

La chaleur s’intensifie, et avec une lenteur que nous ne connaissons pas, nous suivons notre guide dans le palais de la Maharani qui malgré toutes les explications ne nous donnent pas une idée des fastes de l’époque, non pas que ce ne soit pas joli mais les murs à la chaux blanche, la nudité des lieux ne donnent pas le reflet de la réalité et de la vie de l’époque. Nous enchaînons avec la porte Est, reconstruite, la vraie entrée historique du fort qui surplombe plaines où se sont jouées des batailles rangées tellement féroces. Plus loin, une seconde tour de la victoire, plus petite où ne nous attardons pas. Un temple d’une obédience jaïn qui voue un secret respect à la nudité ne nous convainc pas d’y rester.

Une dernier temple, hindou cette fois attire notre attention, trop vite détourné vers les bouteilles d’eau vendues à son entrée. Enfin ! 4 L suffiront à peine pour nous requinquer; c’est la première fois que nous souffrons tous de la chaleur qui nous gâche quelque peu la visite.

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Dans un dernier effort, nous découvrons le palais en ruine du Raja et de la Maharani, visite décomposée, Auguste n’en peut plus et reste à l’ombre avec Charlotte, j’emmène les trois grands à travers les ruines. Les esprits s’échauffent un peu pour un moins que rien, il est temps de rentrer. Nous cherchons Charlotte et Auguste qui ont disparu. Nous refaisons le tour intégral du site pour voir Auguste, en pleine forme courir vers nous. Tout le monde se retrouve avec le sourire fatigué et d’un commun accord nous décidons de redescendre vers la ville.

Un hôtel en pleine rénovation nous accueille, ça sent la peinture, douche, une bonne bière sur la terrasse, un délicieux resto de l’hôtel et puis enfin retour dans la chambre familial, nous dormons à six lits alignés, sous des lumières fluo et des spots de couleurs. Le pays de rêves et du repos mérité !!! Nous pourrons dire que nous avons dormi à Chittorgarh au moins parce qu’aujourd’hui, c’est ni plus ni moins une autre splendeur méconnue à voir absolument au Rajasthan, et oui, encore un coup de coeur : Bundi !!!

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Bundi, c’est comme à Kumbalghar, c’est au détour d’une montée sinueuse sortant d’un affreux périphérique que s’offre la vue spectaculaire de Bundi. A flanc de montagne, le palais s’offre à nous comme une carte postale, Ce soleil descendant sur la ville, donnant à cette couleur ocre, une couleur orangée, dessinant les contours des balcons, son reflet net dans le bassin aux ablutions, et puis son fort massif, dominant toute la vallée, c’est impressionnant et émotionnellement une splendeur architecturale qui de mon avis, c’est le mien, dépasse Udaïpur. Nous logeons dans la vieille ville, dans un petit guesthouse familial tenu par un jeune couple. La ville est endormie et recèle de nombreux petits établissements mais c’est la saison des chaleurs et les touristes se font rares, tout à notre bénéfice, comme pendant tout ce voyage, nous serons presque seuls et ça nous va bien.

Première visite du marché en fin d’après-midi, nous attirons un peu l’attention dans ce marché typique, il faut dire que quatre enfants ici, c’est rare, surtout avec un Indien qui n’en n’est pas un, avec une Blanche qui plus est. Sans jamais être importunés, nous traversons les dédales de la vieille ville, tout en descente, Auguste se prenant même en glissant mettre sa main dans le bonheur des vaches, et oui, l’amour n’est pas que dans le pré, … Quelques emplettes pour le déjeuner du lendemain, quelques babioles pour satisfaire la coquetterie féminine des 50% de la famille, nous prenons nos aises sur un roof-top léger mais agréable, avec guitare et musique douce,… Auguste joue même avec la fille des propriétaires. Le repos des guerriers parce que demain …???

C’est parti, réveil à l’aube, soit dix heures, petit déjeuner sur la terrasse et au menu : visite sous les 42°c du palais et du fort, retenant les leçons du passé, nous partons donc tôt pour éviter le soleil. Cette fois, je n’ai pas laissé le choix à Anu, notre driver, il viendra avec nous, c’est pour lui une nouveauté, une première visite à Bundi. Je ne lui laisserai pas cette occasion lui passer sous le nez ! Les billets payés, avec toujours cette énorme différence entre le tarif indien et étranger, une méthode que nous ferions bien de pratiquer en Europe pour sauvegarder notre patrimoine ‘(Ex: un citoyen européen paierait son entrée au Louvre à 5€, le non-européen 25€,… à méditer, à faire aussi dans nos églises pour les retaper, les bâtiments officiels, enfin pour tout, … ). Fin de cette parenthèse, venez, nous vous emmenons voir une richesse insoupçonnée, irremplaçable, un truc à tomber par terre !!!

Nous pensions naïvement commencer par le fort pour éviter la chaleur, raté, nous sommes dans le Palace, incroyablement abandonné et paradoxalement extraordinairement conservé avec un minimum d’effort. Si le Palace est toujours une propriété privée des descendants du raja de Bundi, un cousin qui fait des affaires à Delhi, le fort lui est devenu une propriété de l’Etat, et ça se voit aussi. Nous entrons comme pour tous les forts par une ascension du mur de Huy, raide, pentue, sur routes rocailleuses. La porte d’entrée est monumentale et la cour, silencieuse, impressionnante. Nous découvrons des balcons où les enfants s’empressent d’y apparaître. Un nouveau terrain de jeu qu’ils affectionnent, Auguste comme toujours n’est pas en reste. Toute la famille s’égaille dans les cours, les recoins, les escaliers secrets, les nouvelles terrasses avec appartements. Au premier étage, la terrasse surplombant la cour d’entrée, un trône en marbre où le Raja recevait ou accueillait ses visiteurs, par un porte dérobée la Maharani pouvait assister à l’audience. Continuant les passages des courées et des portes, nous montons le plus haut que nous pouvons jusqu’à arriver à un cadenas, nous avions pourtant vu un groupe de touristes, passer tout là-haut, dans une autre partie du site, du palace. Dépités, nous redescendons.

Nous essayons un chemin de traverse pas indiqué et là, dans un trompe l’oeil, ce que nous avions pris pour une voie sans issue, nous mène aux appartements, le deuxième étage, aux appartements privés de la Maharani. Silence et projections, le film des enfants !!! et les découvertes ! Mettez une musique que vous aimez dans votre casque et regardez, c’est magnifique à pleurer.

 

Je ne sais pas vous mais quand j’ai demandé au gardien d’ouvrir des portes interdites, nous avons pu filmer ces peintures secrètes, fragiles montrant un art, une technique, une beauté dans le soucis du détail, de la mise en scène, de l’honneur et de l’amour.

Il y a dans ce trésor jalousement gardé, un message à nos contemporains sans doute. La fragilité d’une femme, qu’elle soit Maharani ou non, l’emportera toujours sur toutes les victoires guerrières supposées d’un homme qui ignore sa propre perle chez soi.

Reprenant nos esprits et notre courage, nous attaquons la montée vers le fort ! Anu se marre, tel une gazelle du désert, il monte à grandes enjambées la dénivelée, nous nous perdons même en route, biffurquant à grands cris dans les broussailles avant de reprendre la bonne route, raide qui fait mal aux mollets et aux cuisses jusqu’à arriver à une porte, sinistre où s’est jouée des heures difficiles, remises au goût du jour par nos enfants. Nous découvrons un havre de paix, personne ne se risque l’ascension, les gardiens refusant que nous y allions. Le fort est à l’abandon mais quel potentiel touristique, tout est resté, sans bouger depuis son abandon. Seule une multitude de singes habite l’endroit, nous sommes effarés de voir qu’un tel monument soit laissé ainsi en l’état. Nous sommes sûrs que dans dix ans des tours opérateurs traceront leur route propre, mettrons des hôtels sur le site et aux abords, risqueront la saturation et détruiront un peu de cet âme sereine et paisible, comme à Orcha, à Hampi, dans tellement d’autres sites. Nous avons eu cette chance qui fera de ce site, un moment exceptionnel, des hauteurs, nous pouvons admirer une Histoire oubliée de tous, que nous regardons avec délectation. Bundi, c’est encore une fois, une aventure à elle, je la fais féminine, toute particulière. Allez, c’est parti pour le diaporama ! Accrochez-vous !

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Le temps de la descente, de se retrouver parmi les hommes, le temps de souffler et de respirer, cette nuit, sous le fort, nous nous endormons paisiblement, dans des rêves d’ailleurs, toujours, dans des rêves qui forcent au voyage.

C’est la tête dans ces images fantastiques que nous vous quittons pour cette escapade des citadelle et fort.

Mille bisous indiens,

Chafab and Co

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