Je t’écris du désert du Thâr… (2ième partie)

 » C’est aux portes de ce désert mythique du Thâr que nous fêtons nos quinze ans de mariage. Qui aurait dit un jour que pareil rêve se réaliserait ainsi : Avec nos quatre enfants  chéris, rêver les yeux vers le ciel et admirer les millions d’étoiles dans le ciel, un feu à nos pieds et se raconter la vie et notre amour. 

Cher Toi qui nous lis, c’est un peu gênant, je l’avoue,

de t’avoir si longtemps mise de côté, par égoïsme, par turpitude, par manque de temps et tu as raison de m’en vouloir tel un mari délaissant sa femme, j’avoue que tu m’as manqué; ce qui, tu en conviendras, est loin d’être mon cas pour mon Amoureuse.

Toi qui, avec ta confiance, nous suivais depuis si longtemps, depuis ma terrasse  au Laos, depuis mon balcon au Vietnam, depuis mon arrivée à Pondy, il a fallu que j’arrive enfin, après de longues pérégrinations, avatars et aventures, m’échouer dans ce désert du Thâr pour que je me souvienne de t’avoir, toujours à mes côtés toi ma Muse, délaissée . 

Sans doute, avais-tu pu lire nos longues chroniques sur notre site mais aussi comment eusses-tu penser un seul instant que je puisse t’oublier dans mon quotidien ? Tu fais partie de moi à présent, toi ma Lectrice préférée. Je reviens ce soir vers toi, j’espère que tu me liras encore comme avant, et comme tu le sais si bien, les chants de l’Amour sont prenants et tellement divins ; je vais te raconter pourquoi l’Amour est tellement beau et qu’il est possible d’être heureux, même sur le dos d’un dromadaire à une bosse. Nous en étions restés à notre visite de Jaiselmer,…

Souviens-toi. « 

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Cette après-midi, vers trois heures, c’est l’effervescence du départ, dans le caravansérail de nos deux petites et luxueuses chambres de notre guesthouse, tout le monde cherche ses dernières affaires, son dernier objet à emporter, l’excitation est à son comble, je les vois tous courir dans tous les sens ; nous sommes enfin revenus à cette folie oubliée du « Je ne sais pas, je voudrais bien, il va faire froid, il y a des moustiques, des bêtes, c’est quoi la différence entre un chameau et un dromadaire, on verra les étoiles, et s’il y a une tempête de sable, tu as prévu les biscuits et les bouteilles d’eau, y’a combien de degrés là-bas,… ??? ». Nous ne savons que répondre, juste que nous partons pour un trip dans le désert. Je ne te mens qu’à moitié, ici l’organisation d’un trip dans le désert est bien réglé, rien n’est laissé au hasard, l’affaire est bien réglée, il n’y aura aucun danger mais autant laisser planer toutefois quelques doutes dans la tête des enfants. Au programme: Visite en Jeep de villages de minorités ethniques, montée sur les ….. pour une promenade qui nous mène à notre bivouac, souper dans les dunes de sable, nuitée sur des lits face aux étoiles, réveil enchanteur au levée du soleil et retour en …… pour rejoindre l’hôtel, passant par deux derniers villages : Le Camel Raid comme pour tous les touristes, pour nous ça nous va, on n’en fera pas plus et puis nous sommes toujours de cette famille de touristes lambda, et ça nous va. Ce trip est aussi fort pour nous que notre 24h sur les backwaters du Kerala en 2014, que sur notre bateau sur la baie d’Along, notre rencontre avec les dauphins d’eau douce des 4000 îles au Laos. Un truc pour nous dire à nouveau que notre petite famille vit, et c’est aussi ça le plus important pour nous.

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(   » Je lui dirais les mots bleus de Christophe, ceux que l’ont dit avec les yeux, parler me semble ridicule, … ».).  Tu parles de mots ridicules, s’emmener dans le désert et faire l’expérience du vide, du rien tellement empli de tout. C’est sans doute idiot mais on se nourrit de sable, de ces petits quelque chose de rien qui invite à l’intériorisation des sentiments. Toutes celles et ceux qui ont vécu pareille expérience le diront, le désert aspire à quelque chose qui quitte la Terre vers le Haut. Il y a des mots qui résonnent pareils à l’amour mais ensablés, confus, enfuis. Ce soir, je fêterai mes 15 ans de mariage avec mon Amoureuse, et je ne lui offre que du sable, de l’immensité, des paysages désertiques, et des étoiles. 

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Sur notre route, à quelques kilomètres à peine, non pas la Vallée des Rois mais un site d’une grande importance pour la vie (et la mort) à Jaiselmer : les cénatophes des Rajahs. Ici, à l’entrée des dunes de Sam, reposent les cendres des Rois et des épouses des Maharadjas de Jaiselmer, encore aujourd’hui la tradition perdure, les descendants de cette haute lignée s’y font incinérer sur cette place face à l’horizon. La colline, jadis seule au milieu de nulle part est à présent grillagée, autour, une route moderne et des centaines d’éoliennes vibrent sous le vent, dénaturent ce lieu paisible; les Radjas sont rattrapés par cette même modernité à laquelle ils couraient eux-mêmes,… aujourd’hui, ils reposent non plus dans les vapeurs des sables mais couverts d’électricité dont ils furent si gourmands. Ce qui n’empêche évidemment pas le site de garder sa majesté. Sur cette petite colline, aux pieds des jardins d’été, reposent donc  la dynastie, les rois et leurs femmes, sur les cénatophes, d’étranges bas-reliefs indiquent le nombre d’épouses du Roi ainsi enterrées avec lui, un grand lieu qui vraiment est à ne pas manquer.

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Plus loin, un village que nous croyons reconstitué pour le Safari, un village que nous ne comprenons pas et où nous ne perdons pas de temps, nous avons bien compris que les huttes traditionnelles ne sont que d’usage quand un car s’arrête et que tout le monde s’y met ppur nous faire croire à l’authenticité. Nous reprenons très vite la route.

 

Ici, au Rajasthan, c’est comme si la Terre tremblait tous les jours, … pourtant de la rocaille, il y en a, partout; des pierres sorties de terre, amoncelées sur les chemins, sur les bas-côtés, dans les rues,..; de la poussière partout; ils reconstruisent tout,… dans cet amoncellement, des maisons ouvertes, et des maisons fermées et puis soudain, des maisons abandonnées, comme si un tremblement de terre avait soudainement frappé le pays il y a peu.  Dernière escale avant le désert : un des 80 villages abandonnés car une curieuse malédiction court dans la région.  Un Brahmane qui, refusant sa fille en mariage, préféra partir avec tous les siens dans le désert pour échapper à un prince de a cour. Ils disparurent sans laisser de trace. Toutes celles et ceux qui voulurent s’installer dans ce village perdirent à la naissance leur premier enfant.  Maudit, désertés, il ne reste que des ruines,…Quand le désert et ses lois sont mort et vie, histoire et passé, parfois aussi sans futur. Le gouvernement le reconstruit petit à petit à l’identique mais il pèse une lourde atmosphère dans ce village.

Quelques temps après, notre driver Anu nous dirige tout droit vers son village, nous y rencontrons sa famille le temps d’un CheaTee, un thé au lait, drôle de halte encore une fois, personne ne parle, la Mamy travaille seule à nous honorer de notre venue, nous ne tarderons pas une fois de plus, nous demandant aussi, si réellement il y a un sens à tout ceci, curieuse rencontre.

Le soleil descend très vite à l’horizon et il est plus que le moment d’oser monter ces trucs à une ou deux bosses. La Jeep s’arrête, comme nous aussi, un autre voyage commence.

Ils sont là, ils nous attendent, ils ruminent le temps sur le bord de la route, ils sont bien trois en enfilade, la nervosité monte dans l’habitacle, il faut sortir. Les enfants s’approchant à petits pas, ils mesurent la réalité de l’aventure. Le temps est court et ne laisse pas la crainte ou l’appréhension envahir les coeurs les plus anxieux. Maman et Auguste se lancent les premiers, à mon tour, et puis à nos trois grands.

C’est un balancement continu, un va-et-vient lent, lancinant, un trois temps qui berce et qui laisse les forces de l’esprit tout à lui,  les souvenirs vagabonder et la pensée s’envoler entre les chansons à murmurer dans sa tête, à fredonner à mi-voix, des paroles flottent dans l’air. Le désert imprime sa marque sereine, force inexpugnable qui attire l’infini. Au loin, tout juste voit-on des horizons que rien ne retient. Le moment de se souvenir que la vie est vraiment belle, parsemée des cris de joie de nos enfants, je me souviens un moment du chemin parcouru depuis ma terrasse pondichérienne, notre rencontre, notre amour naissant et nos rencontres. Nous avons construit une douce vie où l’Amour ne se dément jamais. Ce ne sont pas nos cris qui passeront la dune de sable, ce ne sont pas nos projets qui semblent illimités, c’est sans doute nos deux forces qui créent ce environnement si serein, si empli d’amour justement. 15 ans de mariage à fêter dans le désert, 15 ans à se serrer la main encore plus fort, la chanson est belle. 

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Après plus d’une heure et demie sur ces satanés animaux, nous sommes presque heureux de voir notre bivouac apparaître, sur un petit plateau où s’étende des dunes de sables blancs. Nous y découvrons notre jeep qui a apporté nos sacs, tout est presque prêt pour s’installer et tout le monde s’y met. Notre guide s’active au feu, dans un autre coin, les deux chauffeurs sortent l’intendance. Les enfants sautent dans les dunes, Auguste se prend une nouvelle fois de regarder d’un peu plus près ces animaux qui semblent mastiquer un je-sais-quoi en bavant. Le temps aussi de prendre un bon thé et de préparer les chapatis du soir. Maya à la cuisine, ce qui semble plaire à notre chamelier, Noé prépare les lits… Une belle soirée s’annonce.

La nuit tombe vite dans le désert et nous nous couchons tôt, sans cette fois rechigner, les bruits du désert, et puis le silence. Des chiens errants profitent que le feu s’éteigne pour venir roder autour de nous qui nous sort de notre torpeur, je me lève après la bataille courageusement mais ils sont partis. Alors, les yeux vers les étoiles, un sommeil réparateur nous plonge dans le pays des rêves.

Sans doute ai-je dû rêver de Toi, à revivre ces quinze années de bonheur, sans doute tant mon sommeil fut beau, doux,

et Je t’aime,  Bon anniversaire de mariage Mon Amoureuse.

 

Ce matin,  le réveil de Maya sort tout le monde de sa torpeur, nous assistons au lever du Soleil de notre lit, il se lève sur les dunes de sable, un chien malheureux s’en vient aux nouvelles à deux pas de nous, les premiers rayons frappent le bivouac, les chauffeurs, perchés dans la dune s’affairent soudainement, et descendent auprès de nous. Le déjeuner se prépare, les enfants en profitent pour se lancer dans les dunes de sables, les dévaler à grands cris, quelques photos des dunes et voilà qu’on nous appelle, il est temps de reprendre la route après le déjeuner. Tout le monde s’y met comme la veille, on entasse le matériel dans la Jeep qui démarre en trombe, un peu inquiet nous regardons l’intendance et nos sacs qui jonchent ce qui fut notre bivouac. Nous aidons notre chamelier à terminer le rangement et surpris, il accroche sans ménagement le tout à nos trois fidèles compagnons qui ne semblent pas souffrir de cet excédent de poids. Trois chiens nous suivent sur tout le chemin retour, à deux contre un, ils se chamaillent et marquent leur territoire. Le chemin s’allonge un peu et nous conduisant à travers les éoliennes, il nous mène jusqu’à un dernier petit village. Auguste est content d’enfin quitter ces curieux animaux et revenir à la terre ferme. Nous découvrons un petit village paisible, cette dernière visite clôture ainsi notre escapade dans le désert qui restera une empreinte dans nos esprits.

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Etrange aussi ce retour à la vie humaine que de se retrouver dans deux villages complètement à l’opposée de vie , dans le premier village musulman, nous n’apercevons que des femmes qui timidement s’approchent mais ne veulent parler qu’à Maya et Charlotte, les hommes sont partis travailler à la ville. Devant cette barrière de langue et de vie que dire alors du village Geepsee, qui loin d’être nomades se sont établis le long de la route. De suite, une ribambelle de gamins en guenilles et les cheveux en pétard nous prennent d’assaut, la main tendue, la mendicité déjà là, bien encouragés qu’ils sont par les grands frères et les grandes soeurs. Nos enfants sont vraiment mal à l’aise et je ne peux que constater que seul l’argent les intéresse. Drôle de rencontres qui casse un peu la sérénité du désert.

Nous quittons à regret le désert nous promettant d’y revenir un jour, de revenir un jour à Jaiselmer que nous quittons comme nous l’avons découvert, en montant une dernière fois la colline des Bramhanes, leurs cénatophes qui découpent l’horizon de leur coupole au soleil couchant. Nous devenons amoureux des soleils couchants, nous déambulons à fracas de rires et de poses photos sous les yeux d’un groupe de touristes éberlués de voir ainsi la jeunesse si libre. Nous profitons. Vraiment, c’est une respiration et déjà un coup de coeur du voyage. Nous pensons que si toutes les merveilles du Rajasthan sont pareilles à Jaiselmer, notre périple ici sera grandiose, cette dernière ballade se termine par un bon repas dans le bas de la ville.

C’est ainsi que se termine pour nous une première étape de notre longue route qui nous conduire vers Delhi. Heureux et c’est avec ces souvenirs pleins la tête que nous quittons définitivement les portes du désert pour nous lancer dans une longue aventure. Prochaine étape, Jodhpur la guerrière, nous vous expliquerons très vite pourquoi, … Bisous.

oznor

Il me reste à te remercier, Toi, qui de là-bas nous suit fidèlement, que ta Vie soit belle !

2 réflexions sur « Je t’écris du désert du Thâr… (2ième partie) »

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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